La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »
Montaigne
Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, sa liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.
Marie Alloy
Demande
C'est à l'arbre dans la foret bouleversée
que je demande mon chemin
C'est à mon frère revu en rêve
que je demande de l'aide
C'est à la tempête qui se prépare
que je demande la paix et le retrait
C'est aux mots qui m'arrivent
que je demande le secret
- C’est à l'amour dans sa double présence
que je ne demande rien – rien que l'approche
qui fait résonner les corps au fond de soi
et qu`un aubier protège sous l’écorce
de l'arbre unique divisé en deux branches
C'est à l'arbre des émotions que je m'attache
C'est sous les ombres de ma douceur
que je cherche ma révolte
C’est dans le passage poreux des souvenirs
que j'entrevois le torrent des peurs
les tourbillons d'eaux qui faisaient grincer les branches
au-dessus des tuiles de la maison d'enfance
sans cesse frappée par le vent
C'est au cœur des hommes que je ressens la main
qui prend et travaille le corps laissant à peine à l'esprit
le temps de se reprendre quand sous les touchers
les pensées retombent comme dans un vide planétaire
un trou noir sous mes paupières naïves et closes
Parfois les bruits s’arrêtent comme la pluie
Il fait un grand silence dans les cœurs
mais quelque chose tressaille et attend
un cri un chant une dernière histoire un aveu
Nos pas ne savent où ils vont d'où ils viennent
mais sous les arbres parfois on peut surprendre
l’infime écho d'un oiseau ouvrant ses ailes
ou la lumière glisser sur les feuilles
Sous l'étendue moite du ciel gorgé des pluies
l’aube poursuit les nuages plongés dans le fleuve
en robe de brillances roses rayées de gouttes
Là nous débordons d'images nos yeux abondent
nos mots sont bus et nous les laissons - nous aimer
Pénélope tisse sa toile et la détisse tour à tour
avec les fils volatiles de la pluie et de la lumière
Pénélope a le front sur la vitre
– elle n est plus que regard
porté au loin toujours plus loin
que les yeux ne peuvent aller
sans en revenir
– Ainsi ne voit-t-elle pas la pluie délaver
les couleurs des hauts murs qui la cernent
et dont personne ne peut s'échapper
Il faudrait pour cela trouver LA CLEF DES CHAMPS
jetée dans le temps et que retient
la peur de l'enfant gelée
In La ligne d’ombre, © Al Manar, 2024
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Contribution de PPierre Kobel